Nous vous proposons ici de découvrir des ressources (interviews, coupures de presse d’époque, etc.) autour de l’exposition.

Extraits du film de l'exposition - Interviews

© FOCUS 2017

Quatre questions à Beate et Serge Klarsfeld

Que représente la décennie 1968-1978 dans votre combat pour la reconnaissance de la Shoah et contre l’impunité des responsables de la Solution finale ?

C’est la période la plus combative, la plus risquée, la plus riche en événements auxquels nous avons participé – 1968 voit la nomination de Beate pour le Prix Nobel de la Paix. En cette décennie, Beate est passée de l’épuration des nazis de la vie politique allemande à la recherche des criminels nazis en Amérique du Sud où elle a protesté contre les dictatures et au Moyen-Orient où, dans les pays arabes, elle a défendu Israël. Changement de décor, mais pas de cause puisqu’il s’agissait de réhabiliter l’Allemagne par des actes justes et nécessaires. Quant à moi, je l’ai aidée à défendre sa cause en tant qu’Allemande et j’ai défendu la mienne, celle d’un Juif de France, en militant à ses côtés pour faire juger les principaux criminels allemands impunis coupables d’avoir déporté les Juifs de France.

Comment s’est construite la mémoire de la Shoah ?

Une lente construction par les témoignages des rescapés d’Auschwitz-Birkenau dans l’immédiat après-guerre, par les travaux historiques entamés à cette époque par le CDJC (aujourd’hui Mémorial de la Shoah) et par Yad Vashem, par le militantisme des associations de victimes, par des films vus par le grand public, telle la série TV Holocauste, par des actions et des campagnes telles que les nôtres, par le génie de Claude Lanzmann, par les thèses d’histoire consacrées à la Shoah et apparues après 1980, par la création ou le développement dans de nombreux pays de Centres ou Mémoriaux consacrés à la Shoah, par la compréhension dans le monde occidental de l’ampleur de la Shoah et des multiples interrogations et interpellations qu’elle lui pose, puisqu’elle a été forgée en son sein; par les procès des criminels nazis en Israël, en Allemagne et en France, par une quantité remarquables d’ouvrages et de films documentaires sur chaque épisode de la Shoah, enfin – et j’en oublie dans mon énumération – par les visites à Auschwitz et par l’enseignement de la Shoah dans les programmes scolaires, mais aussi par la création permanente de lieux de mémoire de la Shoah.

 

Pourquoi avoir accepté le projet d’exposition du Mémorial de la Shoah ?

Parce que c’était une initiative à 100% du Mémorial de la Shoah et non la nôtre. Notre vie à Beate et à moi a été associée au Mémorial. Sans le Mémorial, nous n’aurions jamais accompli dans cette décennie 1968-1978  ce que nous avons pu accomplir quand nous étions jeunes. Il a mis à notre disposition ses archives et le grand historien Joseph Billig nous a soutenus efficacement. Aujourd’hui, nous sommes toujours combatifs, mais âgés et c’est le Mémorial rénové et rajeuni qui nous rend hommage. Notre reconnaissance au Mémorial s’est toujours exprimée pendant ce demi-siècle ; aujourd’hui c’est au tour du Mémorial de nous exprimer sa reconnaissance.

Comment s’exprime votre engagement aujourd’hui ? Quelles perspectives pour votre combat ?

Notre engagement actuel s’exprime dans plusieurs domaines. Sur le plan national : en 2015, nous avons lancé un cri d’alarme dans la perspective des élections présidentielles de 2017 sur la possibilité réelle du Front National de les remporter. En conséquence, nous nous sommes engagés pour les deux candidats les plus menacés aux élections régionales, Christian Estrosi et Xavier Bertrand, considérant que si le FN passait dans le Sud Est et le Nord, la menace risquait fort de devenir une réalité en 2017. Nous n’avons cessé d’appeler les électeurs de gauche à voter pour les candidats républicains et à la surprise générale, cela a été le cas et ils ont été élus tous les deux. Dans l’élection présidentielle, nous avons poursuivi notre campagne contre le FN et dans des pages entières de Libération appelé de nouveau les électeurs de gauche à voter pour celui qui a finalement été élu.

 

 

(suite)

Avec les Fils et Filles des Déportés Juifs de France, nous continuons l’action d’histoire et de mémoire entreprise par nous il y a bien longtemps. Nous publions régulièrement des ouvrages historiques précis et rigoureux, tel le Mémorial des Enfants Juifs – Vol 2 en 2016. Nous organisons (en 2002, 2012, 2017) les lectures des noms de tous les déportés de tous les convois de mars 1942 à août 1944 ; lectures qui durent deux ans et qui se déroulent à la date exacte de départ du convoi et à midi au Mémorial de la Shoah.

Nous participons à toutes les commémorations de la déportation.

Nous intervenons souvent pour donner des conférences, participer à des tables rondes, répondre à des interviews. Beate le fait en Allemagne comme en France ou aux USA. Je fais partie des instances dirigeantes de la Fondation pour la Mémoire de la Shoah et j’y préside la Commission « Mémoire et Transmission » et le Comité de Lecture de la collection « Témoignages » de la FMS (70 volumes déjà publiés) ; je suis membre du Conseil International d’Auschwitz et du CA de la Fondation polonaise Auschwitz-Birkenau; membre du CA du Mémorial de Rivesaltes, du CERCIL à Orléans, vice-président du Mémorial des Milles. Cela implique de nombreuses réunions. Je suis également membre de Commission d’assistance aux victimes des spoliations de Monaco. A énumérer ces obligations que je n’ai pas refusées parce que je sais que je suis utile à ces institutions, je devrais ressentir une immense fatigue ; ce n’est pas le cas. Tant que nous le pourrons, nous resterons actifs.

Propos recueillis par Olivier Lalieu, commissaire de l’exposition.

Beate Klarsfeld : le courage du scandale
Interview parue dans Elle le 30 juin 1974

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Le Mémorial de la déportation des Juifs de France

En mai 1978 parait le Mémorial de la déportation des Juifs de France par Serge Klarsfeld.

La préparation du procès des principaux responsables allemands de la Solution finale en France donne lieu à la publication d’études historiques, mais aussi d’un Mémorial représentant symboliquement les victimes.

L’ouvrage de 656 pages est constitué de la liste nominative des déportés juifs de France, en se fondant sur les listes originales des convois de déportation conservées au CDJC (Centre de Documentation Juive Contemporaine) dont Serge réalise l’historique, et des Juifs morts dans les camps d’internement ou abattus, ainsi que par l’examen des archives déposées à Yad Vashem, au YIVO, au Service international de recherches de Bad Arolsen et des fonds présents à Bruxelles.

Ce « monument de papier » apporte un bilan historique inédit établissant la liste des 80 000 victimes du génocide en France et constitue pour beaucoup la dernière trace des disparus. 

L’ouvrage suscite un écho considérable. 

Une nouvelle édition du Mémorial de la déportation des Juifs de France a été établie en 2012 par Serge Klarsfeld et l’association des Fils et Filles des Déportés Juifs de France. Elle présente les noms et les lieux d’arrestation des Juifs déportés de France durant la Seconde Guerre mondiale. Grâce au nouveau classement par ordre alphabétique et par adresse, il est plus aisé de retrouver les déportés d’une même famille. Elle apporte des milliers de précisions supplémentaires quant aux lieux d’arrestation. De nombreuses corrections orthographiques ont également été apportées.

Cet ouvrage dresse le bilan global de la Shoah en France et illustre l’ampleur de la tragédie qui a touché les Juifs sur tout le territoire. Il a aussi donné naissance au Mur des Noms du Mémorial de la Shoah en 2005, sur lequel sont gravés les noms des 76 000 Juifs, parmi eux 11 000 enfants, déportés de France. Ce mur restitue une identité à des enfants, des femmes et des hommes que les nazis ont tenté d’éradiquer de la surface de la terre. Leurs noms gravés dans la pierre perpétuent leur souvenir.

L’association des Fils et Filles des Déportés Juifs de France 

En janvier 1979 est créée  l’association des Fils et Filles des Déportés Juifs de France pour rassembler les soutiens de Serge et Beate Klarsfeld dans la perspective du procès de Cologne et des poursuites judiciaires engagées en France.

Présidée par Henri Golub, l’association est animée par Annette Zaidman, sa secrétaire générale. Née à Paris, orpheline de sa mère en 1938, Annette Zaidman se retrouve seule après l’arrestation de son père et de son frère le 3 février 1944 puis leur déportation. Elle est alors âgée de 10 ans.

Article du Quotidien du Samedi, le 22 décembre 1979 : une délégation rassemblée par la FFDJD se rend par train à Cologne pour assister au procès de trois anciens SS : Kurt Lischka, Herbert Hagen et ernst Heinrichsohn
© Coll. Mémorial de la Shoah/fonds Pudeleau

 

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Tribune libre de Beate Klarsfeld

Parue dans Combat le 21 juillet 1967

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Bibliographie 

 

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